LOCK UP THE WOLVES

LOCK UP THE WOLVES
Août 2002, Paris

Lock Up the Wolves. Août deux mille deux. Trente-sept ans. Paris nouveau. Roumanie encore proche. Et je peignais salle de cinéma. Spectateurs en fuite. Loups débordant écran. Fiction envahissant réalité. Et question obsédante. Où est le fil fin entre réalité et fiction. Où. Titre vient de Ronnie James Dio. Heavy metal. Album mille neuf cent quatre-vingt-dix. Lock Up the Wolves. J’adorais Dio. Voix puissante. Dark fantasy. Mythologie. Loups symbole instincts sauvages forces obscures. Enfermer les loups. Mais lesquels. Ceux du film. Ceux de la réalité. Ceux en nous. Et août deux mille deux onze mois après onze septembre. Monde changé. Frontières violées. Tours tombées. Fiction catastrophe devenue réelle. Avions détournés semblaient film. Mais vrais. Morts vraies. Et moi jeune, à Paris découvrant cinéma français Le Pacte des loups sorti année avant. Loups tueurs. Bête du Gévaudan. Succès. Terreur. Et révolution CGI effets numériques. Jurassic Park. Matrix. Seigneur Anneaux. Créatures si réalistes. Impossible distinguer vrai de faux. Hyperréalisme. Et idée venait. Peindre ça. Cinéma. Loups. Écran. Débordement. Fiction qui sort. Envahit. Attaque. Et spectateurs fuient. Terrifiés. Désespérés. Et format carré deux cents par deux cents. Monumental. Division horizontale. Haut écran. Bas salle. Frontière médiane. Normalement infranchissable. Mais violée. Traversée. Détruite.

Je me souviens août deux mille deux, et j’arrivais Paris récemment, exilé roumain, et découvrais culture française cinéma art musées, et fan de heavy metal Dio Metallica Iron Maiden depuis adolescence Brașov, et album Dio Lock Up the Wolves je l’écoutais beaucoup, titre m’obsédait, enfermer les loups, métaphore puissante, et août deux mille deux climat peur post-onze septembre, guerre Afghanistan depuis octobre deux mille un, préparation guerre Irak viendrait mars deux mille trois, terrorisme menaces sécuritarisme, et France aussi choc avril deux mille deux Le Pen deuxième tour élection présidentielle, Chirac réélu mai, climat sécuritaire insécurité immigration sauvageons terme utilisé, et cinéma évoluait, CGI computer-generated imagery révolutionnait, dinosaures Jurassic Park mille neuf cent quatre-vingt-treize semblaient vivants, Gollum Seigneur Anneaux deux mille un deux mille deux créé numériquement mais plus vrai que vrai, et frontière s’effaçait, qu’est-ce qui était filmé réellement, qu’est-ce qui était créé ordinateur, spectateurs perdaient repères, et moi je réfléchissais à ça, pouvoir cinéma, illusion, immersion, et question venait, où est frontière réalité fiction, et idée tableau, salle de cinéma, film avec loups projeté écran, mais loups débordent sortent écran entrent salle, et spectateurs paniqués fuient, et chaos, bousculade, terreur, et ironie, loups fiction calmes organisés meute naturelle, humains réalité paniqués désorganisés meute chaotique, qui est vraiment sauvage, et je commençais peindre, toile carrée deux cents, et division claire, ligne horizontale médiane, haut écran projection loups forêt neige, bas salle spectateurs fuyant, et titre Lock Up the Wolves hollywoodien comme film d’horreur action, Jaws Cujo The Grey, loups dangereux enfermez-les, mais double sens, enfermer loups film sur écran garder fiction à sa place, ou enfermer loups déjà débordés maintenant dans salle confinement urgence, et impossibilité, comment enfermer ce qui est déjà image, simulacre, illusion.

Et je peignais écran en haut, loups dans forêt enneigée, cinq six loups visibles, meute, pelage gris noir brun, regards intenses certains vers nous spectateurs, postures alertes dignes, forêt hiver arbres nus troncs bruns verticaux, neige au sol blanche bleue froide, et loups semblaient nets définis, image projetée claire, technologie cinéma haute définition même deux mille deux, et atmosphère calme ordre naturel malgré froid, meute organisée sociale hiérarchie communication, loups plus civilisés qu’on croit, et couleurs froides dominantes gris bleu blanc, palette hivernale métallique, et coups brosse larges empâtements généreux, matière épaisse fourrure écorce neige, texture palpable, et ligne horizontale nette séparait écran de salle, frontière normalement infranchissable, mais tableau montrait violation, loups débordaient franchissaient descendaient vers spectateurs, impossible physiquement mais picturalement visible, fiction sortant de son cadre, envahissant espace réel, cauchemar du spectateur et si film devenait réel, légende premiers films Lumière mille huit cent quatre-vingt-quinze La Sortie de l’usine spectateurs fuyaient croyaient train allait les écraser, peur primitive fiction trop réaliste, et mon tableau rejouait cette scène primordiale, spectateurs terrifiés fuient loups écran, mais deux mille deux pas mille huit cent quatre-vingt-quinze, spectateurs sophistiqués savent que fiction, pourtant fuient quand même, pourquoi, car frontière poreuse, franchissable, illusoire peut-être, et cinéma art qui déborde toujours, émotions réelles peur larmes joie, comportements modifiés Jaws mille neuf cent soixante-quinze gens arrêtent nager océan peur requins, propagande films nazis soviétiques créent réalités politiques, fiction colonise réalité toujours.

Et en bas je peignais salle, spectateurs en fuite, et détail important numéros sur dossiers sièges, chiffres visibles un deux trois dix quinze, rangées fauteuils cinéma numérotés, ordre civilisation, mais spectateurs debout paniqués abandonnent sièges, bousculade chaos mouvement désordonné, bras levés visages terrifiés difficile distinguer individus, masse compacte indifférenciée, foule remplace public, panique collective psychose, et couleurs chaudes vives contrastant avec froid écran, rouge orange bleu vert entremêlés, chaleur humaine agitation, et facture picturale très floue indistincte contrairement loups nets, chaos pictural égale chaos réel, empâtements mélangés touches rapides violentes, et ironie cruelle, fiction haut nette claire, réalité bas floue confuse, fiction plus réelle que réalité, hyperréalisme cinéma versus confusion vie, et Baudrillard Simulacres et simulation mille neuf cent quatre-vingt-un, hyperréalité simulation précède réalité copie sans original Disneyland plus réel que Amérique, et mes loups simulacres débordaient devenaient plus réels que spectateurs chair os sang, et spectateurs organisés assis numérotés civilisés devenaient foule chaotique fuyante survie instinct, civilisation redevenait sauvagerie, et qui était vraiment sauvage, loups meute naturelle ordre hiérarchie, ou humains foule panique désordre violence potentielle, inversion complète valeurs traditionnelles, sauvage civilisé civilisé sauvage.

Et question centrale qui me hantait août deux mille deux, où est le fil fin entre réalité et fiction, où exactement, et philosophie Platon Allégorie caverne République livre sept, prisonniers enchaînés voient ombres sur mur croient ombres égale réalité, mais ombres seulement reflets objets derrière eux, et qu’est-ce qui est réel ombres ou objets, et ma salle cinéma égale caverne Platon, spectateurs prisonniers assis obscurité regardent ombres loups sur écran mur, et croient peut-être momentanément que réel, suspension incrédulité volontaire, et immersion identification on entre dans film on devient personnage on vit leurs émotions, et cinéma égale rêve éveillé, salle noire sommeil, images projetées comme rêves, suspension réalité on dort consciemment, et cauchemar quand rêve déborde dans veille, comme mes loups débordant écran, et référence aussi Woody Allen La Rose pourpre du Cairo mille neuf cent quatre-vingt-cinq, personnage Jeff Daniels sort écran tombe amoureux spectatrice Mia Farrow, exactement mon idée fiction déborde écran, mais Allen romantique doux tendre, moi terrifiant loups fuite danger, et aussi David Cronenberg Videodrome mille neuf cent quatre-vingt-trois, télévision transforme réalité vidéos deviennent chair, fiction pénètre corps cerveau, Cronenberg maître brouillage réel fiction technologie biologie horreur corporelle, et moi août deux mille deux peignant même angoisse médias envahissent réalité, télévision cinéma maintenant internet réseaux sociaux deux mille vingt-cinq, fictions partout colonisent pensées comportements désirs, et où est le réel, et onze septembre deux mille un traumatisme collectif, frontières violées avions tours, fiction catastrophe Hollywood semblait Independance Day Armageddon mais vrai, morts vrais, et monde comprenait que fiction peut devenir réelle, que sécurité illusoire, que barrières fragiles, et mon tableau peignait ça aussi, écran barrière fragile, loups franchissent, spectateurs impuissants comme Américains onze septembre, menace déborde envahit détruit.

Et format carré deux cents inhabituel pour cinéma, cinéma traditionnel rectangle seize neuf ou deux virgule trente-cinq un, mais moi carré parfait, pourquoi, équilibre confrontation symétrique, écran haut égale salle bas, même espace même importance, invite comparaison, et aussi vision totale expérience cinéma, pas juste écran mais écran plus salle ensemble, totalité dispositif, et spectateur face à mon tableau recule pour voir ensemble, distance nécessaire galerie musée atelier, et immersion dans vision, trois mètres confrontation, et composition claire nette, ligne médiane horizontale sépare divise, mais loups traversent violent, débordent descendent, mouvement vertical haut vers bas, invasion chute, et titre Lock Up the Wolves injonction brutale impérative, mais impossible, comment enfermer images, comment contenir fiction, fiction toujours déborde, nature même cinéma art débordant, et Dio album mille neuf cent quatre-vingt-dix heavy metal dark fantasy, et moi fan depuis jeunesse Brașov Roumanie, cassettes clandestines sous Ceaușescu, metal interdit musique occidentale décadente, mais nous écoutions cachette, rébellion liberté, et Dio voix puissante mythologie dragons loups magiciens, échappatoire réalité communiste grise, et Paris deux mille deux liberté enfin écouter Dio ouvertement, et titre Lock Up the Wolves résonne, enfermer loups en soi instincts sauvages pulsions dangereuses, civilisation égale refoulement sauvage Freud, et aussi enfermer loups fiction sur écran pas laisser déborder, maintenir ordre séparation, mais impossible toujours débordent.

Et août deux mille deux je signais datais Lock Up the Wolves 2002, œuvre ancienne, première grande après arrivée Paris, trente-neuf ans jeune encore, vingt-trois ans plus tard deux mille vingt-cinq soixante-deux ans, et regardant rétrospectivement ce tableau, prophétique, question où est frontière réalité fiction devient encore plus actuelle, deepfakes intelligence artificielle images vidéos fausses indistinguables vraies, métavers réalités virtuelles, réseaux sociaux fictions personnelles storytelling permanent, et nous tous spectateurs dont vie envahie par fictions, cinéma télévision maintenant smartphones écrans partout, et loups débordent constamment, et nous fuyons peut-être pas physiquement mais mentalement, incapables distinguer vrai faux, submergés images simulacres, et Baudrillard avait raison, hyperréalité simulation précède réalité, et mon tableau deux mille deux annonçait ça, loups fiction nets clairs, spectateurs réalité flous confus, inversion, et Lock Up the Wolves titre hollywoodien film série B horreur action, mais aussi question philosophique métaphysique, qu’est-ce que réel, qu’est-ce que fiction, où commence l’un finit l’autre, et cinéma art qui pose cette question depuis invention Lumière mille huit cent quatre-vingt-quinze, train arrive gare spectateurs fuient, magie noire projection lumière ombres mouvantes, et Georges Méliès Voyage dans la Lune mille neuf cent deux trucages féeries, cinéma égale mensonge vérité illusion réalité simultanément, paradoxe constitutif, et mes loups débordant incarnaient ce paradoxe, ne sont pas réels mais provoquent terreur réelle, ne sont qu’images mais spectateurs fuient vraiment, et pouvoir cinéma là, transformer fiction en émotion réelle comportement réel pensée réelle, affecter modifier coloniser, et Lock Up the Wolves demandait, voulons-nous vraiment enfermer loups fiction, ou avons-nous besoin qu’ils débordent, nous terrifient, nous fassent sentir vivants, et spectateurs fuient mais reviennent, achètent billets, s’assoient obscurité, attendent que fiction les envahisse, volontairement, masochisme ludique, et cinéma drogue douce débordement contrôlé, mais parfois débordement incontrôlable, propagande totalitarismes, addiction écrans aujourd’hui, et mes loups débordant avertissement, attention frontières, attention séparations, fiction peut dévorer réalité si on ne surveille pas, et août deux mille deux onze mois après onze septembre, leçon apprise douloureusement, frontières illusoires, sécurité fragile, réel et fiction entremêlés toujours.

Et vingt-trois ans plus tard deux mille vingt-cinq, Lock Up the Wolves reste, carré monumental, écran loups calmes, salle spectateurs paniqués, frontière violée, débordement perpétuel, question sans réponse, où est le fil fin, nulle part partout, et nous tous spectateurs fuyant loups fictions qui nous poursuivent constamment, télévision publicités propagandes fake news algorithmes IA, et réalité devient floue confuse, et fictions deviennent nettes claires séduisantes, et nous préférons peut-être fictions, plus belles, plus excitantes, plus contrôlables, et réalité laide difficile imprévisible, et Lock Up the Wolves tableau prophétique annonçait ça, août deux mille deux début vingt-et-unième siècle, révolution numérique, hyperréalité Baudrillard se déployait, et moi jeune peintre exilé peignais loups débordant, métaphore époque à venir, et Dio album mille neuf cent quatre-vingt-dix résonnait encore, enfermer les loups, mais lesquels, ceux dehors ou dedans, ceux sur écrans ou dans têtes, ceux de fiction ou de réalité, impossible distinguer, impossible enfermer, débordent toujours, pour toujours août deux mille deux, pour toujours Lock Up the Wolves, pour toujours question sans réponse, pour toujours frontière violée, pour toujours spectateurs fuyant, pour toujours loups poursuivant, pour toujours cinéma débordant, pour toujours fiction envahissant réalité, pour toujours réalité devenant fiction, pour toujours où est le fil fin entre, pour toujours nulle part partout, pour toujours Lock Up the Wolves, enfermer les loups, impossible, éternellement.