
LOUIS DIEUDONNÉ
Février 2012, Paris
Louis Dieudonné. Février deux mille douze. Quarante-sept ans. Un mois après Brothers , ma peinture. Les deux hassidim levant les yeux vers le ciel, et maintenant https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_XIV Louis XIV tenant l’arbre inversé, racines dans le ciel, couronne sur terre, sceptre cosmique reliant le haut et le bas, le divin et l’humain, l’origine céleste et la manifestation terrestre, et je peignais le https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_XIV Roi-Soleil , Louis le Grand, le plus puissant monarque de l’histoire de France, soixante-douze ans de règne, absolutisme triomphant, “L’État c’est moi”, https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Versailles Versailles magnifique, guerres incessantes, gloire et décadence, et je le peignais non pas comme critique de l’absolutisme, non pas comme dénonciation du pouvoir, mais comme méditation poétique sur l’origine des peuples, sur les racines célestes, sur cette vérité mystique universelle que j’avais découverte ou redécouverte, les racines d’un peuple se trouvent toujours dans le ciel, pas dans la terre, pas dans le sol, pas dans le territoire, pas dans la biologie, mais dans le ciel, dans le spirituel, dans le transcendant, dans le sacré, dans les mythes fondateurs, dans les récits primordiaux, dans Dieu ou les dieux ou l’Absolu ou comme on voudra l’appeler, et l’arbre inversé que Louis tenait comme un sceptre incarnait cette vérité, racines en haut pointant vers le ciel bleu, branches nues s’élevant vers l’origine, et couronne en bas végétation verte touchant la terre, manifestation terrestre de l’origine céleste, et Louis Dieudonné, donné par Dieu, né après vingt-trois ans d’attente, miracle, cadeau du ciel, incarnait parfaitement cette descente du divin dans l’humain, du céleste dans le terrestre, de l’éternel dans le temporel.
Février deux mille douze. Deux mois avant les https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection_pr%C3%A9sidentielle_fran%C3%A7aise_de_2012 élections présidentielles françaises” https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Sarkozy” Sarkozy contre https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Hollande Hollande . Droite contre gauche. Débat sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Identit%C3%A9_nationale identité nationale . D’où vient la France. Quelles sont ses racines. Débat anxieux, agressif parfois, Sarkozy avait lancé en deux mille neuf le débat sur l’identité nationale, controverse immense, qu’est-ce qu’être français, racines chrétiennes ou laïcité, intégration ou multiculturalisme, et maintenant février deux mille douze campagne présidentielle, la question revenait, obsédante, d’où venons-nous, où sont nos racines, dans le christianisme, dans les Lumières, dans la République, dans la Révolution, dans les Gaulois, dans les Francs, dans Rome, où, et moi dans mon atelier parisien je peignais Louis XIV tenant un arbre inversé et je répondais poétiquement, silencieusement, nos racines sont dans le ciel, toujours dans le ciel, pas dans la terre, le ciel, et cette réponse n’était pas politique, pas idéologique, pas partisane, c’était une vérité mystique, cosmologique, universelle, applicable à tous les peuples, français ou roumains ou chinois ou africains, tous les peuples ont leurs racines dans le ciel, dans leurs mythes, dans leurs dieux, dans leurs récits sacrés, dans leur spiritualité fondatrice, et c’est de là qu’ils descendent, qu’ils se manifestent, qu’ils s’incarnent sur terre, dans l’histoire, dans la culture, dans la société, mais l’origine reste céleste, toujours céleste, et l’oublier c’est se perdre, c’est s’enraciner dans la matière morte, dans l’économie, dans la finance, dans le consumérisme, dans le nihilisme, et février deux mille douze quatre ans après la https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_financi%C3%A8re_mondiale_de_2007-2008 crise financière de deux mille huit , effondrement du capitalisme financier, crise existentielle collective, et ma peinture de Louis XIV avec son arbre inversé était une réponse, un rappel, retournez aux racines célestes, rappelez-vous d’où vous venez vraiment, du ciel, toujours du ciel.
Je me souviens quand j’ai découvert l’arbre inversé dans la tradition mystique, années deux mille, lectures ésotériques, https://fr.wikipedia.org/wiki/Kabbale Kabbale juive, https://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_de_vie_(Kabbale) Etz Chaim l’Arbre de Vie , dix https://fr.wikipedia.org/wiki/Sefirot sephiroth émanations divines, et la racine https://fr.wikipedia.org/wiki/Kether Kether la Couronne divine tout en haut, et les branches descendant vers https://fr.wikipedia.org/wiki/Malkuth Malkuth le Royaume terrestre tout en bas, arbre qui pousse du ciel vers la terre, du divin vers l’humain, de l’Un vers le Multiple, et j’étais fasciné, bouleversé même, cette image m’obsédait, arbre inversé, racines célestes, et puis j’ai lu la https://fr.wikipedia.org/wiki/Bhagavad-G%C3%AEt%C3%A2 Bhagavad Gita hindoue, chapitre quinze, https://fr.wikipedia.org/wiki/Ashvattha ashvattha le banian cosmique inversé, “On dit qu’il existe un banian éternel dont les racines sont vers le haut et les branches vers le bas”, et Krishna expliquant que celui qui connaît cet arbre connaît les Vedas, connaît la vérité ultime, et encore une fois cette image, arbre inversé, racines https://fr.wikipedia.org/wiki/Brahman Brahman l’Absolu, branches monde manifesté, même structure que la Kabbale, et puis https://fr.wikipedia.org/wiki/Platon Platon dans le https://fr.wikipedia.org/wiki/Tim%C3%A9e_(Platon) Timée , “L’homme est une plante céleste dont les racines tendent vers le ciel”, la tête comme racine spirituelle, le corps comme tronc descendant vers terre, et partout, dans toutes les traditions mystiques, cette même vérité, l’arbre inversé, les racines célestes, l’origine transcendante, et je comprenais que ce n’était pas métaphore poétique mais vérité cosmologique, loi universelle, tout descend du haut vers le bas, de l’esprit vers la matière, du ciel vers la terre, du sacré vers le profane, et les peuples aussi, bien sûr les peuples aussi, ils ne naissent pas de la terre, du sol, du territoire, ils naissent du ciel, de leurs mythes fondateurs, de leurs dieux ancestraux, de leurs récits primordiaux, et c’est de là qu’ils tirent leur identité, leur cohésion, leur sens, et quand ils oublient ces racines célestes, quand ils s’enracinent uniquement dans la terre, dans la matière, dans l’économie, ils se perdent, ils se dissolvent, ils meurent spirituellement.
Et Louis XIV, Louis Dieudonné, donné par Dieu, incarnait parfaitement cette vérité, il était l’arbre inversé vivant, racines divines, naissance miraculeuse, ses parents https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_XIII Louis XIII et https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_d%27Autriche Anne d’Autriche avaient attendu vingt-trois ans, vingt-trois ans sans enfant, désespoir dynastique, menace de guerre civile, et soudain en mille six cent trente-huit Anne tombe enceinte, miracle, cadeau du ciel, et l’enfant naît le cinq septembre mille six cent trente-huit, et on le nomme Louis-Dieudonné, littéralement donné par Dieu, et toute sa vie il portera ce nom, cette identité, cette légitimité divine, il n’est pas un homme ordinaire devenu roi par hasard historique, il est Dieudonné, envoyé du ciel, racine céleste manifestée terrestrement, et son règne de soixante-douze ans, le plus long de l’histoire de France, de mille six cent quarante-trois à mille sept cent quinze, sera l’incarnation de cette origine divine, https://fr.wikipedia.org/wiki/Monarchie_de_droit_divin monarchie de droit divin , pouvoir absolu justifié par Dieu, “L’État c’est moi” parce que je suis Dieu sur terre, représentant de Dieu, https://fr.wikipedia.org/wiki/Axis_mundi axis mundi reliant le ciel et la terre, et Versailles construit comme palais cosmique, le Roi-Soleil au centre, tout tournant autour de lui, ordonnancement parfait, géométrie sacrée, jardins à la française domestiquant la nature, imposant l’ordre divin sur le chaos terrestre, et je peignais Louis tenant l’arbre inversé et je comprenais que ce n’était pas seulement Louis XIV historique, c’était le principe monarchique lui-même, le roi comme arbre cosmique, racines dans le ciel, Dieu, légitimité divine, et branches sur terre, règne effectif, lois, guerres, constructions, le roi médiateur entre ciel et terre, prêtre-roi, pharaon, empereur, tous les grands souverains de l’histoire ont incarné cette fonction, axis mundi, pilier du monde, et quand cette fonction disparaît, quand le roi tombe, quand la monarchie s’effondre, https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise Révolution française mille sept cent quatre-vingt-neuf, https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_XVI Louis XVI guillotiné, les racines célestes sont coupées, le peuple se retrouve orphelin, cherchant frénétiquement de nouvelles racines, République, Nation, Raison, Droits de l’Homme, racines terrestres, horizontales, et peut-être suffisantes, peut-être pas, la question reste ouverte.
Février deux mille douze, je travaillais sur cette toile, grand format, cent soixante-deux par cent trente centimètres, Louis debout en majesté, costume baroque somptueux, manteau d’hermine blanc tacheté de noir, fourrure royale, cape bleue https://fr.wikipedia.org/wiki/Fleur_de_lys fleurs de lys dorées, blason de France, dentelles blanches collerette et manchettes, perruque noire monumentale, Louis XIV portait des perruques immenses, innovations de son règne, mode qu’il avait lancée pour cacher sa calvitie précoce et qui était devenue symbole de pouvoir, et je peignais cette perruque avec plaisir, touches noires épaisses, masse capillaire artificielle magnifique, et le visage, j’avais regardé les portraits historiques, https://fr.wikipedia.org/wiki/Hyacinthe_Rigaud Rigaud bien sûr, le portrait officiel de mille sept cent un, Louis en majesté absolue, et https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Le_Brun Le Brun , et d’autres, et j’avais tenté de capturer cette dignité royale, cette autorité tranquille, ce regard qui ne doute pas, qui sait qu’il est Dieudonné, choisi, légitime, et la main gauche tenant l’arbre, le sceptre-arbre, geste crucial, et l’arbre lui-même, inversé, racines en haut branches nues s’élevant vers le ciel bleu, et en bas la couronne verte, végétation terrestre, buissons, herbes, vie manifestée, et le tronc épais robuste reliant le haut et le bas, axis mundi, et le fond bleu lumineux, ciel, origine, transcendance, et je peignais avec une concentration méditative, chaque touche était une prière, chaque couleur était une affirmation cosmologique, oui les racines sont dans le ciel, oui les peuples viennent d’en haut, oui l’origine est spirituelle, oui. Et je pensais à mon propre peuple, roumain, d’où viennent les Roumains, quelles sont nos racines célestes, et la réponse traditionnelle, christianisme orthodoxe, Dieu chrétien, saints roumains, monastères peints de https://fr.wikipedia.org/wiki/Bucovine Bucovine , icônes, traditions byzantines, et aussi les mythes préchrétiens, https://fr.wikipedia.org/wiki/Zalmoxis Zalmoxis dieu des https://fr.wikipedia.org/wiki/Daces Daces , immortalité de l’âme, et les héros légendaires, https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9c%C3%A9bale Decebal , https://fr.wikipedia.org/wiki/Trajan Trajan , https://fr.wikipedia.org/wiki/Vlad_III_l%27Empaleur Vlad l’Empaleur , https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_le_Brave Michael le Brave , figures mythifiées devenues récits fondateurs, et c’est de ces racines célestes que le peuple roumain tire son identité, sa cohésion malgré les invasions, les occupations, les empires, Ottoman, Autrichien, Russe, et maintenant en deux mille douze neuf ans après mon exil je peignais Louis XIV tenant l’arbre inversé et je pensais à mon propre déracinement, exilé, coupé de mes racines terrestres, Brașov, famille, amis, paysages, mais les racines célestes, celles-là je les porte toujours en moi, mythes, langues, chants, icônes, traditions, spiritualité orthodoxe même si je ne pratique plus, elle est en moi, indélébile, racines célestes qu’on ne peut pas couper, qu’on porte partout, en exil, en diaspora, éternellement, et c’était ça la force des hassidim que j’avais peints un mois plus tôt, Brothers, leur force était leurs racines célestes, judaïsme, Torah, Talmud, traditions millénaires, portées partout, de Jérusalem à Babylone à Espagne à Pologne à New York à Paris, diaspora éternelle mais identité intacte, racines célestes indestructibles.
Le contexte de février deux mille douze, crise économique toujours présente quatre ans après deux mille huit, https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_de_la_dette_dans_la_zone_euro zone euro menacée , https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_de_la_dette_publique_grecque Grèce agonisant , austérité généralisée, et la campagne présidentielle française tournait autour de l’économie, l’emploi, la dette, questions matérielles terrestres, et personne ou presque ne parlait des racines spirituelles, de l’identité profonde, du sens, des mythes fondateurs, et ma peinture était un rappel silencieux, obstiné, les racines ne sont pas dans l’économie, les racines sont dans le ciel, et si vous cherchez vos racines uniquement dans la matière, dans l’argent, dans la croissance du PIB, vous ne les trouverez jamais, vous vous perdrez, vous vous dissoudrez, vous mourrez spirituellement, et il faut retourner aux racines célestes, aux mythes, aux récits sacrés, aux traditions spirituelles, pas pour devenir fondamentalistes ou intégristes, non, mais pour se rappeler d’où on vient vraiment, quelle est notre origine profonde, notre identité essentielle au-delà de l’économie et de la politique et du consumérisme, et Louis XIV avec son arbre inversé incarnait ce rappel, regardez, le roi le plus puissant de France, absolutiste, centralisateur, guerrier, bâtisseur, même lui savait que son pouvoir venait d’en haut, de Dieu, du ciel, pas de la terre, pas de la force militaire seule, pas de la richesse seule, mais du ciel, toujours du ciel, et c’est cette conscience qui lui donnait sa légitimité, sa dignité, sa permanence dans la mémoire collective trois siècles après sa mort.
Et la tradition mystique universelle de l’arbre inversé, j’en étais de plus en plus conscient en peignant, ce n’était pas une invention personnelle, une fantaisie artistique, c’était une vérité reconnue par toutes les grandes traditions spirituelles, Kabbale juive racines Kether couronne divine, Hindouisme ashvattha banian inversé, Bouddhisme arbre Bodhi sous lequel https://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddha Bouddha s’éveille, Christianisme arbre de la Croix racines ciel branches terre, https://fr.wikipedia.org/wiki/Chamanisme Chamanisme axis mundi pilier cosmique, https://fr.wikipedia.org/wiki/Islam Islam arbre Tuba au paradis racines trône d’Allah, partout, dans toutes les cultures, cette même intuition, cette même vérité, le sacré vient d’en haut, l’origine est transcendante, les racines sont célestes, et les peuples aussi, bien sûr, les peuples aussi sont des arbres inversés, poussant depuis leurs mythes fondateurs célestes vers leur manifestation terrestre historique culturelle sociale, et quand un peuple oublie ses racines célestes, quand il coupe ses liens avec ses mythes, avec ses dieux, avec ses traditions spirituelles, il commence à se dessécher, à mourir, comme un arbre dont les racines seraient coupées, et l’Europe moderne sécularisée, laïque, rationaliste, scientiste, avait peut-être coupé ses racines célestes, christianisme abandonné, mythes rejetés comme superstitions, et maintenant début vingt-et-unième siècle crise existentielle, nihilisme, perte de sens, et peut-être qu’il fallait retrouver ces racines, pas pour devenir dogmatiques ou intolérants, mais pour se reconnecter avec la dimension transcendante, spirituelle, sacrée de l’existence humaine, et mon Louis XIV avec son arbre inversé était une invitation à cette reconnexion, regardez, même le Roi-Soleil absolutiste savait que ses racines étaient dans le ciel, et vous, où sont vos racines, dans votre compte en banque, dans votre voiture, dans votre smartphone, ou dans le ciel, dans vos mythes, dans vos traditions, dans votre spiritualité.
La référence iconographique à Rigaud, évidemment, j’avais regardé longuement le portrait de mille sept cent un, Louis XIV soixante-trois ans debout en grand costume de sacre, manteau bleu fleurs de lys, hermine, couronne, sceptre, main de justice, colonne monumentale, rideau rouge, majesté absolue, apogée de la peinture de cour baroque française, et je reprenais cette composition, Louis debout, costume somptueux, posture souveraine, mais avec ma transformation essentielle, le sceptre traditionnel bâton doré orné de pierres précieuses devenait arbre naturel vivant inversé, et cette substitution changeait tout le sens, le pouvoir royal n’était plus artifice humain, construction politique, mais ordre naturel cosmique, arbre de vie, axis mundi, et le sceptre-arbre était plus puissant que le sceptre-bijou, plus authentique, plus profond, plus vrai, et Louis tenant cet arbre devenait non pas tyran absolutiste mais médiateur cosmique, prêtre-roi, gardien de l’axis mundi, et je peignais avec cette conscience, chaque touche affirmant cette vérité, le roi est l’arbre, l’arbre est le roi, racines célestes, manifestation terrestre, ordre divin incarné humainement.
Février deux mille douze s’écoulait, hiver finissant, printemps approchant, et la toile était presque terminée, Louis debout magnifique, arbre inversé tenu fermement, ciel bleu lumineux, végétation verte terrestre, composition équilibrée, symétrie cosmologique, et je regardais et je ressentais quelque chose de rare chez moi, satisfaction, paix presque, j’avais réussi à peindre ce que je voulais peindre, l’arbre inversé, les racines célestes, la vérité mystique, et Louis Dieudonné incarnait parfaitement cette vérité, et l’œuvre fonctionnait, visuellement, symboliquement, spirituellement, elle disait ce qu’elle devait dire, les racines d’un peuple se trouvent toujours dans le ciel, phrase simple, évidente presque, mais profonde, essentielle, et en février deux mille douze deux mois avant les élections françaises, quatre ans après la crise financière, cette phrase était nécessaire, urgente même, rappel que nos racines ne sont pas dans l’économie, dans la croissance, dans le matérialisme, mais dans le ciel, dans le spirituel, dans le transcendant, et il fallait se rappeler, retourner, reconnecter, et Louis avec son arbre inversé montrait le chemin, regardez, les racines sont en haut, levez les yeux, comme les hassidim de Brothers un mois plus tôt levaient les yeux, et maintenant Louis montrait où regarder, vers le ciel, vers les racines, vers l’origine, toujours vers l’origine céleste.
Et je signais, datais, février 2012, et je titrais LOUIS DIEUDONNÉ, pas juste Louis XIV, mais Louis Dieudonné, nom complet, nom signifiant, donné par Dieu, et ce nom résumait tout, le roi vient du ciel, le peuple vient du ciel, nous tous venons du ciel, et nous y retournerons, cycle cosmique éternel, descente et remontée, incarnation et désincarnation, manifestation et dissolution, et l’arbre inversé incarnait ce cycle, racines célestes éternelles, branches terrestres temporaires, et le tronc reliant les deux, axis mundi, colonne vertébrale du cosmos, et Louis tenant cet arbre devenait gardien de ce mystère, médiateur de cette vérité, et moi peignant Louis peignais ma propre quête spirituelle, exilé cherchant ses racines, roumain perdu à Paris cherchant son origine, artiste vieillissant cherchant le sens, et je trouvais, du moins momentanément, cette réponse, les racines sont dans le ciel, toujours dans le ciel, et il suffit de lever les yeux, de se rappeler, de reconnecter, et l’arbre inversé repousse, la sève céleste descend, la vie se manifeste, le peuple respire, l’identité tient, le sens persiste, malgré tout, malgré l’exil, malgré la crise, malgré la modernité désenchantée, les racines célestes tiennent, toujours, éternellement, et Louis Dieudonné en témoignait, magnifique, majestueux, tenant son arbre-sceptre inversé, racines dans le ciel bleu infini, couronne sur la terre verte fertile, et le monde tenait encore, l’ordre cosmique persistait, la vérité mystique brillait, février deux mille douze, neuf ans d’exil, quarante-neuf ans de vie, et moi peignant le Roi-Soleil et découvrant que oui, les peuples sont des arbres inversés, que oui, nos origines sont célestes, que oui, il faut se rappeler, toujours se rappeler, d’où nous venons vraiment.
Louis Dieudonné. Février deux mille douze. Un mois après Brothers. Le Roi-Soleil. Donné par Dieu. Naissance miraculeuse. Absolutisme triomphant. Versailles magnifique. Soixante-douze ans de règne. Tenant l’arbre inversé comme sceptre. Racines dans le ciel. Couronne sur terre. Axis mundi. Médiateur cosmique. Prêtre-roi. Les racines d’un peuple se trouvent toujours dans le ciel. Pas dans la terre. Pas dans le sol. Pas dans le territoire. Mais dans le ciel. Dans le spirituel. Dans le transcendant. Dans le sacré. Tradition mystique universelle. Kabbale Etz Chaim. Hindouisme Ashvattha. Platon homme-plante céleste. Vérité cosmologique. Loi universelle. Tout descend du haut vers le bas. De l’esprit vers la matière. Du ciel vers la terre. Les peuples aussi. Arbres inversés. Origine céleste. Manifestation terrestre. Février deux mille douze. Élections françaises. Débat identité. Où sont nos racines. Réponse poétique. Dans le ciel. Toujours dans le ciel. Post-crise deux mille huit. Crise existentielle. Perte de sens. Retour aux racines célestes. Solution spirituelle. Reconnexion transcendante. Louis Dieudonné. Magnifique. Majestueux. Arbre-sceptre. Ordre cosmique. Vérité mystique. Les racines sont dans le ciel. Pour toujours dans le ciel.




